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Les ingérences françaises en Libye de plus en plus difficiles à dissimuler

Depuis longtemps restés silencieux sur le sujet sensible du dossier libyen, les médias français sortent de leur réserve et initient un dialogue ouvertement critique à l’égard des choix du président Emmanuel Macron sur les ingérences françaises en Libye.

En effet, depuis l’intervention militaire en Libye, ordonnée en 2011 par l’ancien président Nicolas Sarkozy, il est à noter que les médias français ont fait preuve de discrétion quant aux soutiens controversés de la France. Néanmoins, cette volonté tend à disparaître en particulier suite à la déroute du putschiste Khalifa Haftar, dont les milices sont contraintes de battre en retraite ces dernières semaines.

Rappel des faits

Dans le sillage de la Tunisie et comme dans de nombreux pays du monde arabe, le « Printemps arabe », qui fait référence aux contestations populaires, émerge en Libye en 2011. Tout porte à croire que pour Paris, son dirigeant, le colonel Mouammar Kadhafi, est l’homme à abattre.

Ainsi, la France interviendra directement sur le territoire libyen sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, étroitement conseillé et orienté par le philosophe Bernard Henri-Levy.

En 2012, suite à la publication par le journal Mediapart de documents laissant entendre l’existence d’un versement de 50 millions d’euros à des fins de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, l’affaire politico-financière internationale éclate. Des accusations de financement occultes du « candidat Sarkozy » qui pourrait expliquer cette volonté d’intervenir en Libye.

Depuis la chute officielle du colonel, en octobre 2011, la Libye n’a jamais connu la stabilité tant promise.

Le rôle de la France

Publié en 2019 et passé inaperçu jusqu’à présent, « Histoire secrète de la DGSE », le livre du journaliste Jean Guisnel détaille l’intervention de la France en Libye depuis 2011 et surtout à partir de 2014 avec le rapprochement du chef de la diplomatie français Jean-Yves le Drian avec le maréchal Haftar.

Ancien ennemi et nouveau ami de la France : Maréchal Haftar

En préambule de l’imbroglio politique dans lequel s’est enlisée la France, il est nécessaire de dépeindre la personnalité controversée mais néanmoins protégée de Paris, le seigneur de guerre Khalifa Haftar, dont le soutien accordé par le président Macron paralyse actuellement la politique extérieure de la France.

Ancien chef des troupes libyennes qui avaient envahi le Tchad en 1983 sous Kadhafi, Khalifa Haftar avait été fait prisonnier en 1987 par les Tchadiens grâce notamment à l’aide des Français. A partir de cette date, selon ses propres mots « il se dit en rupture avec Kadhafi », et commence à collaborer étroitement avec la CIA. Malgré cet épisode et ces échecs contre la tentative du renversement du Kadhafi, il revient sur la scène libyenne notamment grâce à un appui inconditionnel du président égyptien Al-Sissi, ainsi que les Emirats-Arabes-Unis.

Ces deux pays, qui font partie des principaux clients de la France pour l’exportation d’armement, le présentent ainsi à Le Drian qui voit en lui l’homme providentiel qui pourra se battre « contre les terroristes », et surtout, protègera les intérêts de la France dans la région.

L’ONU met en place un gouvernement en Libye

En 2016, afin de tenter de mettre un terme à la guerre civile et d’apporter la paix en Libye, sous l’égide de l’ONU dont la France est membre et sous l’autorité de Fayez al-Sarraj, un Gouvernement d’Accord National (GNA) est mis en place.

Malgré cette reconnaissance internationale, le journaliste Jean Guisnel explique que la France poursuit son soutien à Haftar entamé en 2015 grâce notamment aux agents du Centre Parachutiste d’instruction spécialisé (SPIS) et des agents de la DGSE.

Haftar refuse de reconnaître l’autorité du gouvernement de Tripoli et lance plusieurs assauts en direction de la capitale à l’aide de sa force militaire, l’auto-ploclamée Armée Nationale Libyenne (ANL).

Les succès de Haftar plaisent à Paris

A partir de 2016, Haftar s’empare donc de plusieurs villes stratégiques notamment des zones pétrolières. Toujours selon Jean Guisnel, la France se réjouit de la prise de Derna, ville connue pour son opposition au colonel Kadhafi. Le journaliste explique que la France considère cette victoire « comme celle de la DGSE contre le terrorisme ».

Outre cela, la communauté internationale se met en action afin de trouver une solution pacifique au conflit. Alors qu’en novembre 2018, un sommet se tient à Palerme, « les Français assistent à l’assaut de l’ANL contre Fezzan », explique encore le spécialiste.

L’auteur révèle d’ailleurs que « dès que la France aide Haftar, celui-ci fait de beaux progrès. De plus, Jean Guisnel estime « qu’aider le très dur Haftar à émerger en tant qu’homme fort, c’est une tradition de la Françafrique ».

Pour pouvoir s’emparer définitivement de la Libye, le maréchal lance une offensive sur la ville de Tripoli en avril 2019. En plus des Français, l’Egypte, les Emirats Arabes-Unis et la Russie, indirectement via les milices Wagner, fournissent des armes à Haftar par avion et violent toutes résolutions de l’ONU.

A ce moment, ni Emmanuel Macron ni les autres pays appellent à faire respecter l’embargo sur les armes. Tant que le maréchal continue d’avancer un silence quasi consensuel s’installe en Europe à l’exception de l’Italie qui soutient le gouvernement reconnu par l’ONU.

L’entrée de la Turquie

Pendant ce temps, en Méditerranée, la Grèce, Chypre, l’Égypte et Israël s’entendent pour exclure définitivement la Turquie de tout accès aux hydrocarbures de la région. Après quoi, Ankara signe, fin 2019, un pacte maritime avec la Libye.

De plus, le GNA demande officiellement l’aide de la Turquie dans sa lutte contre le seigneur de guerre Haftar. Dans ce cas comment comment Macron peut-il définir cette demande de la Libye comme des ingérences ? N’est-ce pas le devoir des pays de l’OTAN de protéger un gouvernement reconnu par ses propres instances?

D’ailleurs, grâce à l’appui des drones Turcs, le GNA reprend du terrain et stoppe l’avancée des milices de Haftar et récupère même plusieurs villes et aéroports hautement stratégiques.

Le réveil des médias français

Alors que le GNA commence à récupérer les villes précédemment perdues, la France se rappelle qu’il y’a un embargo sur les armes en Libye et appelle la communauté internationale à le faire respecter. La France semble ne pas apprécier les défaites répétées et le recul sur le terrain de son protégé, Haftar, accusant Ankara de violer l’embargo sur les armes imposé à la Libye. En parallèle, de plus en plus de médias français rappellent les contradictions de la France et ne manquent pas de révéler les ingérences françaises en Libye.

Hormis l’Opinion qui dès le départ dénonçaient les incohérences de Paris, de nombreux médias jusqu’alors silencieux, voire complices, s’interrogent sur la stratégie de la France sur le territoire libyen.

Ainsi, Jean-Marc Four, journaliste à France Inter et directeur de l’information internationale de Radio France est l’un des premiers à mettre en exergue les ingérences de la France en Libye. Dans sa chronique du 23 juin sur France Inter, il estime que la France n’a pas de leçon à donner à la Turquie. Ainsi, il rappelle que le chaos libyen a été déclenché par Paris en 2011 en allant bien au-delà de la résolution de l’ONU. Rappelant par la suite, les ventes d’armes françaises à la Libye par des intermédiaires, il évoque la légitimité de la Turquie qui soutient un gouvernement reconnu par l’ONU.

Il rappelle en outre que la France s’engage aux côtés de partenaires douteux comme les Emirats Arabes Unis, l’Egypte et la Russie et accuse le pays de ne pas avoir misé « sur le bon cheval ».

Enfin, il conclut en soulignant que désormais ce sont « la Turquie et la Russie qui tirent les ficelles en Libye ».

Le Canard Enchaîné s’y met aussi

Le lendemain, le Canard Enchaîné, journal satirique réputé pour ses révélations qui ont conduit à plusieurs scandales politico-judiciaires, estime que « seule la Turquie joue franc-jeu » et donc sous-entend que Paris se cache derrière des prétextes exagérés comme la lutte contre le terrorisme ou encore le fait que les parts de Total dans la production du pétrole ne cessent d’augmenter, laissant supposer à ses lecteurs des intérêts financiers. D’ailleurs en 2018, Total annonçait l’acquisition pour un montant de 450 millions de dollars de la compagnie libyenne Marathon Oil Libya Limited.

Comme son homologue Jean-Marc Four, le journaliste Claude Angeli rappelle que les alliés de Haftar ne font pas partie de l’OTAN.

Le pari perdu de la France

Dans une série d’enquêtes consacrées à la Libye, le journal Le Monde estime que « la France a perdu son pari en Libye ». En effet, le journal explique que la « France s’expose à des accusations de partialité dans la crise libyenne pour sa bienveillance diplomatique à l’égard de Haftar ». Ainsi, Piotr Smolor considère qu’en « matière de jeux dangereux, la France n’est pas exempte de toute critique ». « Comment défendre l’idée d’un cessez-le-feu, après avoir tant soutenu politiquement l’une des parties du conflit », s’interroge encore l’auteur.

S’appuyant sur les déclarations d’un diplomate européen qui estime que « Paris n’a plus de crédit », Le Monde explique que désormais la France « considère Haftar comme un allié dans le seul but de lutter contre le terrorisme ».

Par ailleurs, le journaliste souligne que « les accusations de syrianisation du conflit envers la Turquie s’accompagnent d’une discrétion totale tout aussi spectaculaire sur les activités des Emirats Arabes unis qui ne respectent pas l’embargo sur les armes ».

Macron pointe du doigt la Turquie

Les choix désastreux à court terme des présidents Sarkozy, Hollande et Macron ont conduit la France à se ridiculiser à l’international. En effet, les médias internationaux n’ont pas manqué l’occasion de souligner que « la Turquie avait brisé les rêves de Macron ».

Le président français s’est appuyé sur une partie de la presse française pour faire porter le chapeau de la débâcle libyenne au président turc Erdogan. Comme une volonté de diversion afin de dissimuler son échec, il a préféré pointer du doigt la responsabilité de la Turquie en Libye.

Or, aujourd’hui les citoyens se rendent compte que dès le départ la Turquie a soutenu un gouvernement reconnu par l’ONU dont font partie la France et la Turquie. Par ailleurs, le président Macron s’est récemment entretenu avec son homologue russe, Vladimir Poutine, sans pour autant lui reprocher la présence de mercenaires russes sur le territoire libyen.

Macron a même demandé au président russe plus de collaborations alors que celui-ci ne fait pas partie de l’OTAN. De ce fait, Macron a une fois de plus prouvé que ce qui le dérangeait en réalité, n’était pas les ingérences en Libye mais c’est de ne plus être acteur dans la région.

Ainsi le dossier libyen pourrait aussi mettre en faillite la politique étrangère française, dans un premier temps à cause des choix incohérents aussi bien sur le plan économique que politique mais aussi pour sa responsabilité dans la guerre civile et les nombreux conflits qui sévissent en Libye depuis de nombreuses années. A ce jour la situation chaotique a coûté la vie à de nombreux civils, par ailleurs les dommages dans plusieurs grandes villes sont tels qu’il faudra des années afin que le pays retrouve sa grandeur d’antan.

Comment cacher les ingérences en Libye ?

Aujourd’hui tout le monde s’accordent à dire que les français soutiennent Haftar et les ingérences depuis tant d’années qu’ils ne savent même plus comment faire marche arrière en Libye. Au lieu de reconnaître leurs erreurs, il leur est plus facile de dire que la Turquie est responsable de tous ces troubles.

Rédaction avec Mediaturk Info

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