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Turquie : une mosaïque de cultures qui résiste aux siècles

Nombreuses civilisations et minorités ont vécu et continuent de vivre sur les terres de la Turquie actuelle.

La Turquie, terre d’accueil et de naissance de plusieurs civilisations depuis des siècles, continue d’abriter en son sein de nombreuses minorités religieuses qui vivent en harmonie.

Cette mosaïque de cultures, qui s’est façonnée à travers les mariages au fil du temps, trouve sa source dans le respect mutuel que ces “différences” s’accordent.

Déjà sous l’Empire ottoman, les minorités pouvaient appliquer leurs propres lois concernant des affaires spécifiques à leurs communautés. Ces minorités n’étaient pas soumises à la taxe religieuse obligatoire (Zakat) mais devaient s’acquitter d’un impôt pour la protection que l’Etat leur accordait.

Après la création de la République en 1923, ces minorités ont continué de vivre sur ces terres. A ce jour, le pays compte officiellement 80 millions d’âmes. Même s’il n’existe aucun chiffre officiel, d’après un sondage publié en 2007 par la société Kondar, plus de 50 ethnies cohabitent en Turquie dont environ 10 000 Français.

Selon ces chiffres, la communauté turque représente la majorité avec 75% de la population, suivie de la communauté kurde avec 15%. D’autres minorités comme les Lazes, les Caucasiens, les Bosniaques, les Arméniens, les Iraniens et d’autres encore, vivent en Turquie. Les réfugiés ne sont pas comptabilisés dans ces données.

En plus des ethnies, plusieurs minorités religieuses cohabitent avec la majorité sunnite. A l’instar des ethnies, il n’existe pas non plus de chiffres officiels. Par ailleurs, contrairement au consensus sur les chiffres relatifs aux ethnies, il subsiste des divergences au sujet des minorités religieuses composées, entre autres, des chrétiens, des juifs et de la communauté alévie.

Si tout le monde s’accorde à dire que les Alévis (groupe considéré comme chiite qui pratique un islam différent des sunnites), forment la plus grande minorité, leur nombre fait débat. Ainsi, selon le même sondage du Kondar, 5.7% de la population en Turquie déclare appartenir à cette communauté, tandis que la plus grande association d’Alévis (Fédération des Alévis Bektasi) avance dans ses déclarations à la presse le chiffre de 26 millions, soit environ 33% de la population.

Par ailleurs, les divergences quant au nombre d’Alévis n’est pas le seul sujet qui fait débat mais aussi leurs conditions de vie.Selon des associations d’Alevis en Europe, cette minorité serait persécutée en Turquie et ne disposerait pas des mêmes droits que le reste de la population.Une version réfutée par Ozdemir Ozdemir, président de l’association des Alévis turkmènes bektasi.

Dans un entretien accordé à Anadolu (AA), le président de l’association rappelle que les Alévis se revendiquent de plusieurs courants historiques, dont le plus connu est celui qui se réfère à Haci Bektas Veli. Cet homme, qui a vécu entre 1209 et 1271, est considéré comme un saint et descendant du prophète Mahomet (Mohammed). Nombreux sont les Alévis qui affirment suivre son chemin.Ozdemir explique que les Alévis suivent également les préceptes de Khodja Ahmet Yesevi, qui aurait vécu de 1093 à 1166. D’après les ouvrages historiques, il serait à l’origine de la création de la première secte en Islam (Tariqa), dont les Alévis furent énormément influencés.

Ozdemir condamne les lobbys qui véhiculent de fausses idées sur la situation des Alévis en Turquie. “Il y a environ 600 à 700 mille pseudos Alévis qui utilisent cette minorité afin de déstabiliser la paix sociale”, avance-t-il.Selon lui, ces “pseudos Alévis poussent les vrais Alévis à faire connivence avec des organisations d’extrême gauche, afin de faire croire que les traditions alévies n’ont rien à voir avec l’Islam”. Le président ajoute que ces personnes, qui se revendiquent d’un alévisme éloigné de l’Islam, ont pour beaucoup émigré en Europe. “C’est surtout ceux qui vivent en dehors de la Turquie qui propagent des mensonges”, assure-t-il.

Pour preuve, il donne l’exemple du mouvement Gezi en 2013. “Ce mouvement, qui au départ, devait être pacifique, a été rapidement infiltré par des vandales qui ont voulu transformer une manifestation pour l’écologie en une réclamation de départ du gouvernement. Or, les Alévis n’ont pas pris part à cette mascarade qui a été pilotée depuis l’extérieur”, explique-t-il.Si les Alévis ont agi ainsi c’est parce qu’ils “ne ressentent aucune discrimination en Turquie. Ceux qui prétendent qu’il y a des pressions sont des menteurs. Ils sont une petite minorité, aveuglés par un fanatisme idéologique, à véhiculer de tels mensonges, mais les hommes politiques occidentaux les mettent en avant pour faire croire à une situation générale”, poursuit-t-il.

Pour appuyer sa thèse, il affirme que beaucoup d’hommes politiques, dont le leader de l’opposition principale, Kemal Kilicdaroglu, sont de confession alévie.D’ailleurs, “la confession n’a jamais été un critère de recrutement dans la fonction publique. Des dizaines de milliers d’Alévis sont des fonctionnaires”, ajoute-t-il.

Selon lui, “Il est évident que les associations alévies d’Europe sont sous influence des organisations extrémistes et des politiques turcophobes”, affirme-t-il avant d’assurer que “les Alévis de Turquie ne sont en aucun cas dans cette démarche”.

De plus, le président attire l’attention sur les élections anticipées qui se dérouleront le 24 juin 2018. “J’appelle tous les citoyens turcs et surtout les Alévis à ne pas céder à des provocations et j’espère que les élections se dérouleront dans de bonnes conditions comme pour les précédentes”, a-t-il confié. Ozdemir reste optimiste pour l’avenir. “Les guerres de confessions sont derrière nous. Nous ne tomberons plus jamais dans ce piège”, affirme-t-il avant de demander aux citoyens de “ne pas oublier les ravages des guerres confessionnelles au Moyen-Orient. La Turquie n’est pas et ne sera pas comme ces pays”, souligne-t-il. Enfin, “Je souhaite des élections les plus paisibles possible”, conclut-il.

Selon, les informations parues dans la presse turque en septembre 2017, d’énormes progrès ont été enregistrés dans le domaine de la liberté religieuse depuis 2002. Le nombre de “cemevi” (lieu de culte des Alévis) était de 106 à cette date, ce nombre a largement dépassé les 1000 en 15 ans de gouvernance de l’AKP qui, par ailleurs, a aidé à la rénovation et à la construction de nombreuses églises.

Source: AA

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About the author

Fatih Karakaya

Fatih Karakaya

Fatih Karakaya est né en 1977 à Kayseri en Turquie. Il est parti à l’âge de 10 ans en France. Après ces études de Turcologie à l’université de Strasbourg, il a commencé à travailler pour des journaux locaux en France.

Par la suite, il a écrit des écrits sur le site d’information Haber7 avant de rejoindre l’Agence de presse Anadolu.

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