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Arabie Saoudite : Les ambitions de MBS menacent le régime fondateur

Des décisions erronées et impétueuses, dénotant un manque d’expérience et de sagesse, ont été prises par le prince héritier saoudien, Mohamed Bin Salman (MBS) depuis qu’il ait obtenu l’allégeance, il y a de cela près de trois ans, ont porté atteinte au régime fondateur de l’Etat.

MBS avait ordonné, récemment, l’arrestation de plus de 20 princes accusés de « haute trahison », au premier rang desquels figurent son oncle paternel, le prince Ahmed Bin Abdulaziz, qu’il considère comme étant son principal rival pour accéder au trône, et son cousin, l’ancien prince héritier Mohamed Bin Nayef, et le prince Nawaf Bin Nayef.

Il s’agit d’une campagne d’arrestations qui rappelle aux esprits le palmarès noir du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, qui avait exécuté, en 2013, son oncle Jang Song-taek, le numéro 2 du pays, accusé également de haute trahison. La BBC avait rapporté que Kim Jong-un avait exécuté par balles quinze hauts fonctionnaires de l’Etat pour s’être opposé à son autorité.

** Une phase sanglante ?

L’interpellation par MBS de son oncle, le prince Ahmed, fils du roi fondateur, représente un épisode notoire et dans le cas où cette mesure générerait des contre-réactions, cela serait annonciateur du début d’une phase sanglante de la lutte pour le pouvoir au sein de la famille régnante.

En 1960, le roi Fayçal a procédé à un coup d’Etat en déposant son frère Saoud Bin Abdulaziz, et la majorité des membres de la famille régnante avaient appuyé ce coup d’Etat sous prétexte que le roi Saoud était dans l’incapacité à gérer le royaume.

Cependant, il n’est pas possible de dire que le dangereux pas franchi par MBS a bénéficié du même soutien. Bien évidemment, l’on ne doit pas ignorer l’approbation et le soutien du roi Salman, qui a ouvert la voie à son fils, bien que des observateurs pensent que cette approbation n’était pas une bonne décision, au vu de la détérioration de l’état de santé du monarque.

Ce qui est confirmé c’est que l’arrestation par MBS de son oncle et de ses cousins le rend esseulé, et bien qu’il ne soit pas possible d’évoquer la démocratie dans les régimes monarchiques, il n’en demeure pas moins que tous les pouvoirs et prérogatives de la famille régnante ne sont pas réunies aux mains du roi uniquement. Et il semble que même cette tradition, MBS s’emploie à l’éliminer et à s’emparer de tous les pouvoirs et de la force tout entière.

** Un malaise ?

MBS craignait son oncle, le prince Ahmed, qu’il considérait comme étant une entrave sur la voie menant au trône, dans la mesure où les principales figures de la famille royale souhaitaient désigner le prince Ahmed à la tête de l’Instance de l’Allégeance.

La présidence par le prince Ahmed d’une instance si importante et sensible au sein de l’Etat lui aurait accordait un plus grand pouvoir, d’autant plus qu’il bénéficiait du respect des personnes influentes l’entourant, de même qu’il n’a pas encore prêté allégeance à MBS, en tant que prince héritier de même qu’il est excédé des politiques initiées par son neveu.

Les noms les plus en vue au sein du système fondateur de l’Arabie Saoudite, qui dirige le pays depuis près de cent ans, sont irrités par les politiques internes et externes que MBS trace, à l’ombre et en l’absence de son père malade, et en coordination avec le prince héritier d’Abu Dhabi, Mohamed Bin Zayed.

L’écrivain saoudien, Abdallah Bin Abdelkérim al-Saadoun, a considéré, dans un article intitulé « Une leçon de leadership », publié, samedi dernier, sur les colonnes du journal « Al-Riyad », qu’il est nécessaire que les futurs dirigeants et leaders bénéficient d’une instruction en matière d’appréciation des idées et des convictions de leurs conseillers et de leurs collaborateurs, ainsi que dans le domaine du respect du travail d’équipe et l’opinion de la majorité.

** Liquidation des proches du roi Abdallah

Près de cinq mois après sa nomination au poste de prince héritier, MBS a procédé à une campagne d’arrestations sous prétexte de lutte contre la corruption.

Ladite campagne avait touché le fils du précédent roi Abdallah, le prince Mot’eb, le milliardaire saoudien, le prince al-Walid Bin Talal ainsi que des dizaines de princes et de ministres qui ont été séquestrés dans un hôtel à Riyad.

Certains observateurs ont interprété cette décision comme étant une manœuvre pour faire taire ceux qui étaient proches de l’ancien roi Abdallah et de tuer dans l’œuf toute tentative de révolte. Après cela, ces princes ont été libérés en vertu d’un accord secret qui prévoit la cession d’une grande partie de leurs fortunes, en contrepartie de leur libération. Ainsi, MBS est parvenu à neutraliser ses potentiels rivaux de même qu’il a obtenu un budget supplémentaire évalué à 100 milliards de dollars.

** Transformer l’identité de la société saoudienne

Les mesures prises par MBS ayant provoqué le plus d’irritation dans les rangs de la famille royale sont les investissements injectés dans le secteur du divertissement et des loisirs ; l’Arabie Saoudite n’ayant jamais vu auparavant une telle ampleur d’investissements dans le secteur du divertissement avant son accès au poste de prince héritier.

Au cours de la seule année écoulée, le royaume a accueilli plus de cinq mille événements récréatifs, dont les organisateurs avaient déclaré que ces activités généreraient des investissements d’une valeur de 64 milliards dans le secteur du divertissement au cours de la prochaine décennie. Des sommes substantielles ont été dépensées pour faire venir des chanteurs et des artistes mondiaux qui ont animé des concerts à proximité de la Terre Sainte.

Parmi les autres mesures ayant provoqué l’irritation a été la décision de MBS de réviser le contenu des manuels scolaires, ce qui a causé une scission au sein de la sainte alliance traditionnelle entre le pouvoir et les Oulémas. De même, l’engagement de MBS avec Washington dans une campagne conjointe, baptisée « L’Islam modéré » pour lutter contre « l’Islam extrémiste » sous prétexte que ce dernier légitime la violence, a conduit à un état de gêne et de désagrément, dans les rangs des savants qui ont pignon sur rue au royaume et qui disposent d’une influence sur les membres de la famille royale.

Pour faire diversion, MBS avait procédé à l’arrestation de près de 400 savants qui s’opposent à ses politiques, avec comme accusation d’adhérer à la confrérie des « Frères Musulmans », tels que Salman al-Awdah, Awadh al-Garni. A l’opposée, certains savants et prédicateurs qui le soutiennent ont utilisé comme des propagandistes qui appuient ses politiques, à l’instar de Abderrahmène al-Sudais, Aedh al-Garni, et Salah al-Maghamsi.

Le jeune prince héritier séduit l’Occident via plusieurs mesures, telle que la tenue événements récréatifs et sportifs et la promotion des droits de la femme, afin de se faire frayer un chemin pour accéder au trône du royaume. Entre temps, il s’emploie, via des hommes de paille, à liquider ses adversaires aussi bien à l’intérieur qu’à l’étranger, et à consolider ainsi sa position dans le palais royal.

** MBS, la Turquie et le Qatar

Quiconque observerait les politiques saoudiennes dans la région du Golfe et du Moyen-Orient avant l’arrivée de MBS, constate qu’elles évoluaient toujours de manière équilibrée en prenant en considération les impératifs du realpolitik et d’une série de constantes. Les relations entre la Turquie et le royaume n’ont pas connu avant cette étape une détérioration d’une telle ampleur connue à l’époque de MBS. En effet, Riyad a toujours été au premier plan des centres d’intérêt d’Ankara, et les relations entre les deux capitales ont toujours gardé le cap de bonnes relations entre les deux puissants pays.

Depuis que MBS ait été nommé prince héritier, les médias saoudiens et le cercle des Oulémas qui entourent le jeune dirigeant ont lancé une campagne hostile ciblant la Turquie et son président Recep Tayyip Erdogan, à cause du soutien apporté par Ankara à Doha contre la décision du boycott prise par l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, l’Egypte et le Bahreïn à l’encontre du Qatar, ainsi qu’en raison de la position prise par la Turquie au sujet de l’assassinant, sur son sol, du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Les médias saoudiens se sont également autoproclamés porte-parole de l’organisation terroriste du PKK, lors de l’opération militaire turque « Source de Paix », dans le nord de la Syrie, de même qu’ils ont été au service de la propagande médiatique menée par le Régime syrien lors du déroulement de l’opération militaire turque « Bouclier du Printemps » dans le nord de la Syrie.

Les politiques menées par MBS à l’égard de la Turquie et du Qatar ont conduit à un état d’irritation au sein de la famille royale régnante, parallèlement à des réactions teintées de colère dans les rangs de la famille royale et des cercles proches, concernant le meurtre de Khashoggi, un proche de la famille au pouvoir, qui a été liquidé de sang-froid uniquement parce qu’il a osé s’opposer aux politiques du prince héritier.

** « L’Accord du siècle » et la normalisation

Le dernier souhait exprimé par le roi Fayçal avait été de prier dans la mosquée d’Al-Aqsa qui serait libérée du joug sioniste, et le souverain défunt exerçait une pression sur l’Occident, dans la guerre contre Israël, en ayant à la main la carte du pétrole.

Néanmoins, l’Arabie Saoudite d’aujourd’hui, sous la direction de MBS, s’emmure dans le silence face au plan du président américain Donald Trump visant à éliminer complètement la Cause palestinienne. Riyad franchit le Rubicon en soutenant ce plan via ses médias.

Quant à la normalisation avec Israël, c’est essentiellement l’objectif de toute cette étape. Le fait que MBS renonce à la Cause palestinienne ainsi que ses tentatives de normaliser avec Israël sans contrepartie, constituent l’un des principaux points qui provoquent une exaspération certaine au sein du système fondateur du Royaume.

** La Guerre du Yémen

La guerre que MBS avait lancée contre les Houthis, depuis le mois de mars 2015, perdure depuis plus de 5 ans, et a lamentablement échoué. Ce conflit a fait que les Houthis ont pris pour cible de nombreux points stratégiques en Arabie Saoudite, particulièrement, des installations pétrolières de la compagnie Aramco.

La guerre a fait également des milliers de morts parmi les civils yéménites. Après le retrait par les Emirats Arabes Unis de leurs forces, l’Arabie Saoudite est restée seule au Yémen, et s’emploie actuellement à parvenir à un accord avec les Houthis, à la faveur d’une médiation du Sultanat d’Oman.

La principale raison de cet échec et de la situation difficile dans laquelle est empêtré le royaume consiste en les politiques impétueuses initiées par le jeune prince héritier.

Source AA

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