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L’énergie au cœur de la crise entre l’Allemagne et la Turquie

La crise qui se joue actuellement entre la Turquie et l’Allemagne est davantage énergétique que politique, relève, dans une déclaration à Anadolu, le professeur Gurkan Kumbaroglu, directeur au centre de recherche sur la politique énergétique à l’Université de Bogazici à Istanbul (Turquie).

Alors que la chancelière allemande Angela Merkel, brigue un quatrième mandat en Allemagne, le professeur Gurkan Kumbaroglu, a indiqué à Anadolu que « la crise entre les deux pays est loin d’être terminée contrairement aux apparences ».

Le journal Turc Hurriyet rapporte d’ailleurs, que la chancelière allemande a proposé, lors du sommet européen le 19 octobre, la baisse des cotations allouées à la Turquie pour préparer l’adhésion à l’Union Européenne, sous prétexte du non-respect des droits de l’Homme.

Et le journal ajoute que Jean Claude Juncker, président de la commission européenne, aurait déclaré, « nous avons trouvé un accord afin d’orienter les fonds vers d’autres projets ou de baisser le montant de l’aide ».

Aujourd,’hui Kate Piri, rapporteur sur la Turquie, a indiqué vouloir aussi baisser les cotations directes au gouvernement pour l’allouer « aux démocrates ». On ne sait pas très bien qu’est-ce qu’elle entend par démocrate mais en tout cas, il semblerait que ce soit toutes les personnes qui s’opposent à Erdogan.

« L’attaque contre la Turquie n’a rien de politique et est encore moins liée à des questions des Droits de l’Homme » persiste, pourtant, le professeur.

Kumbaroglu poursuit qu’il s’agit d’une guerre sur fond d’énergie. « La Turquie casse l’ambition allemande de devenir le plus grand pôle énergétique de l’Europe » estime-t-il.

D’après lui, un rapport commandé en 2016, par le ministère des affaires allemandes, révélerait que le projet Nord Stream transportant le gaz Russe en Allemagne, placerait celle-ci comme le centre incontournable de l’énergie. « D’ailleurs, tout de suite après ce rapport, le ministre de l’énergie s’est vu attribué le portefeuille des affaires étrangères pour prouver l’importance qu’accorde l’Allemagne à ce projet » confie le spécialiste.

« Or, la Turquie avec ses projets de Turkish Stream et de Gazoduc Trans anatolien, met un bâton dans les roues de l’Allemagne » targue le professeur.

Avec ces deux projets, la Turquie va transporter non seulement le gaz de la Russie mais aussi ceux de l’Iran, de l’Azerbaïdjan et d’Israël, en Europe. « Il s’agit clairement d’une concurrence directe que l’Allemagne n’arrive pas à digérer » souligne le spécialiste.

Estimant que la situation géographique de la Turquie la rend très avantageuse par rapport à l’Allemagne, le professeur souligne que « l’Europe se sentira plus rassurée par la diversité ainsi que par la concurrence des fournisseurs en évitant de devenir dépendante de la Russie uniquement ».

« Ni l’Europe, ni les USA ne souhaitent voir une Russie qui domine le marché de l’Energie. De ce fait, ils font tout pour l’en empêcher. C’est pourquoi, l’Allemagne devient de plus en plus agressive » conclut-il.

Or, Le professeur fait justement remarquer que « l’embargo imposé par l’Union Européenne à la Russie l’empêchera d’être investisseur et exploitant. Dans ce cas, le rôle de la Turquie sera déterminant et cela sera un projet gagnant-gagnant aussi bien pour les Européens que la Turquie ». Les ambitions de la Russie « serait plus dangereuse pour l’Europe ».

Pourtant, les autorités allemandes ne parlent jamais de l’aspect énergétique. Depuis un certain temps, la passe d’armes se déroule sur fond d’accusations de non-respect des Droits de l’Homme.

Berlin par le biais de sa chancelière, Angela Merkel, reproche en effet à Ankara de ne pas respecter les Droits de l’Homme après la tentative ratée du coup d’état le 15 juillet 2016.

Quant à Ankara, celui-ci assure que ces arrestations sont faites dans le respect strict de la loi et sur des preuves tangibles.

Source: Anadolu Agency

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About the author

Fatih Karakaya

Fatih Karakaya

Fatih Karakaya est né en 1977 à Kayseri en Turquie. Il est parti à l’âge de 10 ans en France. Après ces études de Turcologie à l’université de Strasbourg, il a commencé à travailler pour des journaux locaux en France.

Par la suite, il a écrit des écrits sur le site d’information Haber7 avant de rejoindre l’Agence de presse Anadolu.

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