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Pourquoi certains terroristes ne sont pas inquiétés en France?

 

 

Existe-il une différence de traitement sur le fait du terrorisme en Occident ? C’est ce que semble avancer plusieurs spécialistes qui reprochent aux pays européens de minimiser certaines organisations terroristes comme le PKK (Parti des Travailleurs de Kurdistan – groupe séparatiste kurde reconnu organisation terroriste par la Turquie et l’Union Européenne, entre autres).
Lorsque Daech était au plus fort de sa force, ces groupes ont été utilisés pour le combattre en mettant de côté qu’ils étaient reconnues terroristes par les pays européens ainsi que les USA. Parmi ces organisations, le plus médiatique est le PYD (Parti de l’union démocratique – Branche Syrienne de l’organisation terroriste kurde du PKK).
«La distinction juridique faite entre les personnes qui rejoignent les groupes terroristes djihadistes et celles qui rejoignent le PYD est en réalité plus une distinction politique en raison des besoins de la campagne anti Daech»estime, le chercheur britannique Kyle Orton.
Si les djihadistes occidentaux sont connus du grand public, ceux qui partent rejoindre, le PYD, un groupe lié à la mouvance terroriste du PKK se font en général très discret et bénéficient d’un regard plus bienveillant.
Pourtant, à l’instar des djihadistes, «il y a un certain nombre de flux de combattants étrangers vers le PYD / PKK» précise le chercheur du célèbre Think Thank, Henry Jackson Society. Kyle Orton connaît bien ses groupes pour avoir fait des recherches sur eux. «Un certain nombre de Kurdes sont partis des pays occidentaux et de la Russie mais l’essentiel se concentre sur les combattants non kurdes», explique-t-il.
Or, avec le peu d’informations qui circule sur eux, il n’est pas possible d’établir un profil exact. Pourtant, la presse française a déjà relayé à plusieurs reprises, des reportages surs «des milices qui ont rejoint une armée non régulière».
En septembre dernier, Ariane Bozon, accusée par ses détracteurs, d’avoir des positions hostiles à la Turquie, publiait un article, sur le site d’information Slate, transformant en héros un certain Gabar «parti combattre des salopards».
Au-delà de l’éloge fait à sa personne, on y apprenait surtout que le retour en France n’inquiétait pas les renseignements français. En effet, Gabar expliquait alors à la journaliste «qu’il est allé lui-même à la Direction Générale de la Sûreté de l’Intérieur (DGSI) pour aller témoigner de ce qu’il a vu sur place». Selon une mise à jour de l’article, sur le même site, Gabar aurait été tué en septembre. Son enterrement a été présenté comme celui d’un «sauveur des kurdes».
Pourtant, Kyle Orton, précise que «certaines personnes qui partent combattre sont perturbées et des psychopathes, d’autres étaient des soldats qui avaient combattu en Irak et voulaient terminer le travail contre Daech».
Malgré ce côté «inattendu» des combattants, le chercheur pointe du doigt «les incohérences des services secrets des pays européens qui n’interrogent pas systématiquement ces personnes à leur retour».
Les renseignements français restent très silencieux sur ce sujet. C’est d’ailleurs un point de désaccord récurrent entre la Turquie et les pays européens. Et pourtant la question a été abordée lors de la visite, début janvier à Paris, du président Turc Recep Tayyip Erdogan. Emmanuel Macron avait alors déclaré «qu’il prenait toutes les mesures nécessaires pour démanteler les réseaux de financement du PKK». Or, ces paroles sont restées en l’air dans la mesure où le PKK continue d’organiser des manifestations dans toute la France et le trottoir en face du Conseil de l’Europe est toujours occupé par les partisans de l’organisation. La France s’inquiéterait alors uniquement de l’argent «qui ne profiterait pas à la France?»
De ce fait, Kyle Orton se pose aussi des questions sur cette complaisance «après-combat». «A partir du moment où ces personnes sont de retour en occident, il y’ a un fort risque de s’embrigader dans les réseaux du PKK/PYD. Elles peuvent jouer un rôle dans la propagande du recrutement, être impliqué dans la collecte de fonds pour les criminels et même s’aventurer à s’attaquer des intérêts turcs sur le sol Européen» préconise-t-il. «Par ailleurs, leurs compétences peuvent être utilisées par d’autres groupes illégaux»craigne-t-il.
D’après les recherches de Kyle Orton, même si pour le moment, le plus grand contingent occidentaux du PYD sont des américains, leur nombre cesse de croitre qui représente un danger pour les citoyens européens.
En effet, il estime que «les intérêts des occidentaux et de ces groupes kurdes concordent pour l’instant dans la lutte conte Daech qui depuis peu a perdu toute sa force de frappe».
«Qu’est-ce qui va se passer maintenant», se demande le spécialiste.
D’ailleurs, le leader kurde du Nord de l’Irak, Mesoud Barzani, n’avait pas hésité à organiser un référendum, en septembre dernier et qui avait été approuvé à 92% grâce au boycott des opposants.
Aucun pays Occidental n’avait soutenu ce référendum. Même après la fin de la lutte contre Daech, les Occidentaux souhaitent garder l’intégrité des territoires aussi bien en Syrie qu’en Irak. D’ailleurs, le Président Turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue français Emmanuel Macron avaient rappelé lors d’un entretien téléphonique, en novembre dernier, leurs attachements à ce principe.
Or, c’est ce genre de divergence que craint le spécialiste. «Cela peut compromettre la sécurité nationale si certains combattants se sentent trahit par les Occidentaux» prévient le chercheur. En effet, le PYD rêve de voir un pays kurde dont le territoire s’étendrait sur 4 pays à savoir la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran. Or, pour l’instant un soutien diplomatique d’envergure internationale semble pas si évident.
Pour arriver à ses fins et comme le fait remarquer souvent les médias turcs, le PYD utilise les femmes «afin d’humaniser le terrorisme et de le donner un visage d’une lutte juste». Ce qui explique, entre autres, la sympathie d’une partie de l’opinion européenne envers ce groupe. Or, «il ne faut pas baisser la garde», conclut le chercheur.

Source: Medyaturk

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About the author

Fatih Karakaya

Fatih Karakaya

Fatih Karakaya est né en 1977 à Kayseri en Turquie. Il est parti à l’âge de 10 ans en France. Après ces études de Turcologie à l’université de Strasbourg, il a commencé à travailler pour des journaux locaux en France.

Par la suite, il a écrit des écrits sur le site d’information Haber7 avant de rejoindre l’Agence de presse Anadolu.

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